La vie et rien d'autre

07 avril 2012

Grâce et beauté

J'ai récemment assisté à un ballet à l'Opéra Bastille. Je n'avais vu jusqu'ici que quelques " spectacles dansés " dont un Casse-Noisette adapté pour les enfants. C'est le seul dont je me souvienne à peu près. Mes connaissances sur la danse s'arrêtent au tutu et aux ballerines, et à toutes les choses que j'apprends grâce à une amie dont la fille, au collège, fait une filière danse-études. J'ai quelques rares noms et mots en tête cependant : Noureev, Carolyn Carlson, ballets russes, Opéra Garnier, petits rats, pointes, entrechats...

Je voulais pour un premier ballet quelque chose de classique, mais pas trop, enfin pour ce que j'en connaissais évidemment. Parce que cela correspondait à mes dates de séjour à Paris, j'ai opté pour La Bayadère, sans doute rassurée dans mon choix par le fait qu'il s'agissait d'une mise en scène de Noureev. Quand on n'y connait rien, n'est-ce pas, on se raccroche aux noms illustres.

C'est un plaisir de constater que quelques personnes encore s'endimanchent pour aller au spectacle : quelques robes habillées et bijoux discrets, maquillage et escarpins, cravates et costumes pour les messieurs. Tous les âges aussi sauf des très jeunes, et toutes les nationalités mais beaucoup de japonais. Une ouvreuse qui le parle très bien d'ailleurs, me guide jusqu'à ma place. Comme je ne sais plus toujours ce qui se fait et ce qui ne se fait plus, je lui demande si un pourboire est de mise. Mais non.

Assise confortablement au 5ème rang légèrement sur la gauche, je goûte l'ampleur moderne et élégante de la salle. Je constate avec ravissement et satisfaction qu'il y a un vrai orchestre dans la fosse qui est en train de faire grincer ses cordes en guise d'échauffement. J'en profite pour regarder la brochure du programme que m'a remise mon ouvreuse. J'avais oublié que la mise en scène était de Noureev, je me demande un moment s'il est mort ou vivant. Que Dieu me pardonne... Puis je lis qu'Aurélie Dupont est un des rôles principaux, et que je vais assister à une histoire d'amour (forcément un peu compliquée) orientale. Je lis aussi qu'il y a un maître de ballet, un livret et que nous verrons des élèves de l'Opéra national de Paris.

La brève introduction musicale vous met dans un état de béatitude et de réceptivité, un amuse-bouche en quelque sorte. Puis le rideau s'ouvre. La danse n'est pas seulement sérieuse et grave, elle peut aussi être malicieuse et enjouée : c'est ce que je découvre. Moments intimistes où les corps s'enlacent classiquement et scènes de fête de fiançailles où les danseurs surenréchissent dans la prouesse et l'amusement. Costumes chamarrés, décors superbes. De ci, de là, on voit quelques très extraordinairement jeunes danseuses et danseurs montraient leur talent acquis. Et les plus experimentés se prêtaient à des démonstrations époustouflantes. Tout paraît simple et ailé.

 

 

Des corps, c'est bien de l'art qui émerge. Celui qui parfaitement maîtrisé permet de se défaire des règles pour ne laisser que l'expression affleurer. De celui qui une fois dépassé vous permet de vous échapper des codes.

La danse des hommes est précise et plastique, celle des femmes aérienne et maîtrisée. On entend parfois le tapotement de leurs pointes sur le plateau. Quand elles s'élancent, on retient son souffle jusqu'à ce qu'elles touchent terre. Pirouettes fouettées, grands jetés, arabesques, tours en l'air... Je sais tout maintenant de ce qui se passe, juste au-dessus des planches. Dans un univers onirique, qui s'accentue avec le dernier tableau où le pays des ombres, fait de tutus blancs classiques et de pénombre, renoue avec le très grand classicisme. Aurélie Dupont est renversante de simplicité et de naturelle, sous lesquelles ni effort ni technique ne perce.

 

 

Au moment des salutations, la directrice de la danse nomme Ludmila Pagliero, danseuse étoile. La belle l'apprend en même temps que nous, et son bonheur est émouvant. Je crois même que quelques dames écrasent discrètement des larmes d'émotion dans leur mouchoir.

Trois actes de 45 minutes et deux entractes plus tard, je ressors ébahie et béate. Pour un peu je décollerai et  je ferai bien un ou deux entrechats, là sur le quai du métro.    

 

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09 mars 2012

Sous-couches

Cet après-midi, j’ai bénéficié d’un soin du visage : ça devait faire 25 ans que cela ne m’était pas arrivé. C’était la journée de la femme et l’offre était 50% moins cher. Je suis quelqu’un de pudique à l’intérieur, et l’idée de livrer mon visage à d’autres mains que les miennes me mettait plutôt mal à l’aise.

Vous vous allongez dans une cabine après avoir enlevé le haut, descendu vos bretelles de soutien-gorge et voilé votre pudeur d’une serviette éponge. Une fois allongée, le plafond est très laid, mais la musique, style flûte de pan accompagnée du bruit d’une source d’eau qui coule distraient vos yeux et occupent vos oreilles.

Mon esthéticienne qui se prénomme Sophie commence par me nettoyer le visage, les épaules, la nuque et les avant-bras avec une lotion qui ne sent rien. Elle a les mains fermes et douces à la fois, des gestes précis sans être brutaux.

Puis elle me fait un peeling, sans grains me précise t’elle, avec une crème plutôt onctueuse à la très puissante odeur de romarin et de lavande. A ce moment-là, je repense à mes vacances près de Sisteron, au Banon, au mistral, à la vallée du Jabron, à la chaleur, à la montagne de Lure, aux cigales et... à la chaleur. Ma peau s’en va en petites particules de peau quand Sophie m’essuie : je me lave pourtant deux fois par jour...

Puis arrive le moment de l’hydratation avec une crème fluide et discrètement parfumée. Les mains tirent et étirent les traits vers le haut, puis appuient par petites touches sur le visage comme pour mieux répartir la matière. Cela me rappelle le contact des mains pas toujours tendres mais curieuses de mes fils quand ils étaient petits et qu’ils exploraient mon visage en attrapant au passage nez et oreille... Je constate, un peu surprise, que cela fait bien longtemps que mon visage n’a pas été malaxé de la sorte : ailes du nez, arcades sourcilières, front, tous les sinus sont comme drainés. Je suis une pâte à modeler sous les doigts de l’esthéticienne, et de mon cerveau bizarrement refluent des souvenirs tactiles. Un peu comme quand je cours et que la course nettoie mon émotivité. Le corps retient tout dans son enveloppe.

Tout d’un coup, une pression douce exercée sur mon plexus solaire et je réalise soudain que tout ce haut de mon corps fait correspondances et résonnances. Que ce point-là en particulier pourrait renvoyer à un autre lieu et que si je décidais d’en prendre soin, cela pourrait bien être un voyage. Voyage dans le temps de ma peau. Je pousse des gros soupirs qui sortent, comme de mon ventre, vous savez de ceux qu’on expulse, après avoir beaucoup pleuré.

Un moment, Sophie effleure l’arête de mon nez et je repense à Vincent qui suçait son pouce sur mes genoux tout en se caressant aussi l’arrête du nez et enroulait mes cheveux autour d’un autre de ses doigts. J’ai toujours beaucoup aimé toucher mes enfants, une caresse est un baume apaisant qui vous relie au vivant. Ce modelage de mes traits me fait penser aussi à ma mère, mais je ne saurai dire pourquoi. Tout au fond de moi peut-être, les réminiscences enfuies des caresses maternelles. C’est réconfortant de se dire que la peau garde la mémoire de l’amour. Mais c’est sous-jacent. Pas comme cette fois où mon ostéopathe m’avait pris dans ses bras presque en position de fœtus pour dénouer mes vertèbres, et où j’avais failli me mettre à pleurer, inondée subitement de je ne sais quelle sensation enfouie dans mon souvenir.

Puis vient le moment du masque apaisant : un tissu imbibé d’une lotion froide est plaquée sur mon visage. Quelques secondes de panique claustrophobique quand j’apprends que pendant 20 minutes, je ne pourrai ouvrir les yeux. Mais des ouvertures sont pratiquées pour le nez et la bouche. « Je vous laisse vous détendre » dit Sophie en sortant. La pauvre elle ne sait pas à quel point je peux être étendue mais rarement détendue. Je suis allongée sous une couverture douce et essaie de rester calme. Je gratte mon nez, arrondit la cambrure de mes reins qui se fait sentir, pose ma cheville droite sur ma cheville gauche, puis inversement, et me demande comment je vais passer le temps, tout ce temps, 20 minutes de ma vie !

En ouvrant la bouche pour respirer, je constate que je peux voir par là, mon souffle s’allonge, mes souvenirs sortent par ma bouche, plutôt que portés par mes yeux : drôle de phénomène. Je ne sais plus à quoi je pense, confusion des sensations. J’entends vaguement que la flûte de pan a été remplacée par un chœur, je ne sais plus si la fontaine coule, je n’ai pas froid et mon corps a disparu, mon cerveau n’est plus tellement là non plus. Sophie revient juste à temps avant que je ne me dilue corps et âme. Elle m’ôte le tissu humide du visage, j’ai l’impression d’être un serpent qui a fait sa mue et je tarde à ouvrir les yeux sur le vilain plafond. Une autre couche de crème légère, fluide au parfum discret et frais. Et puis c’est fini, il faut se rhabiller, sortir de la bulle, essayer de ne pas se faire rattraper trop vite par l’agitation du dehors.

picasso_portrait_femmePortrait de femme, Picasso

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08 mars 2012

Bonhommes d'hiver

Hibernation, vague-à-l'âme :  il est temps que le printemps arrive, je vous le dis ! Petite récolte d'hiver et quelques rencontres : 

Pour continuer avec Zweig, et après le Joueur d'échecs, donc, voir mon billet du 10 décembre, j'ai lu :      

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Stefan Zweig. " Dans la petite pension de la Riviera, où je me trouvais alors (dix ans avant la guerre), avait éclaté à notre table une violente discussion, qui brusquement menaça de tourner en altercation furieuse et fut même accompagnée de paroles haineuses et injurieuses. " 
Si je n'avais pas lu celui qui suit, je garderai une impression mitigée : portrait de joueur, portrait de femme, addictions des deux côtés, mais bizarrement je ne trouve pas que la passion explose dans la page.

La confusion des sentiments, Stefan Zweig. " Ils ont eu une exquise attention, mes élèves et collègues de la Faculté : voici, précieusement relié et solennellement apporté, le premier exemplaire de ce livre d'hommage qu'à l'occasion de mon soixantième anniversaire et du trentième de mon professorat les philologues m'ont consacré ".
Dans un livre ce qui compte, c'est ce qui n'est pas dit : Never explain, never complain, juste le mystère de l'âme humaine. Là rien n'est dit, tout est intenable et tient dans un souffle. Puissance discrète.

Guide de l'incendiaire des maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre, de Brock Clarke, " Moi, Sam Pulsifer, je suis l'homme qui a accidentellement réduit en cendres la maison d'Emily Dickinson à Amherst et qui, ce faisant, a tué deux personnes, crime pour lequel j'ai passé dix ans en prison. "
Parfois, j'achète les livres parce que j'aime bien les titres... Histoire bizarre, mais dont le message me semble toujours obscur. Peut-être juste une histoire bizarre...?

Le musée perdu, Steve Berry. " Tous les prisonniers l'appellaient Ourho, l' "Oreille ", parce qu'il était le seul Russe du baraquement 8 à parler l'allemand. "
Un roman d'aventure haletant mais très convenu, bourré de clichés. Les scènes de sexe sont à mourir de rire.
On dirait que l'auteur a tenté d'écrire un livre pour un mauvais film.

Trip XIXème siècle : que je vous explique, quand je ne suis pas en forme, que j'attends le printemps, vous avez toutes les chances de me trouver du côté du 2nd Empire ou dans les environs... 

Mystère rue des Saints-Pères, Claude Izner. " Des nuées d'orage couraient au-dessus de la steppe coincée entre les fortifications et la gare de marchandises des Batignolles. "
Si vous ne connaissez pas les aventures du libraire Victor Legris, écrite par deux soeurs, et qui à pour cadre le Paris de la fin du XIXème, et bien c'est dommage. Bien écrit, distrayant et documenté, un plaisir de lecteur.   

Dorchester Terrace, Anne Perry : " On était à la mi-février et il commençait à faire nuit. "
Mon rendez-vous récurrent à moi, ma petite consolation, des personnages connus, des situations connues -bien qu'assez renouvelées cette fois-, bref, la force de l'habitude. On s'y glisse comme dans un chausson, enfin un slipper, of course !

 

La vie extraordinaire de Mrs Tennant : Grande figure de l'ère victorienne, de David Waller. " Mrs C. T., qui avait épousé le petit-fils de l'héroïne de ce livre, savait que je m'intéressais depuis longtemps aux ouvrages de l'époque victorienne installés sur les étagères de sa ferme. "
Un bonheur d'historien chercheur, une belle biographie de l'ère victorienne d'une femme qui tint salon et rencontra Flaubert, entre autres. Très bonne et riche reconstitution historique, dans le respect des sources. Très beau travail de recherche. Très recommandé !

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08 février 2012

Petites graines

J’aime bien connaître ce que je mange, tout comme on apprend à nos enfants que les légumes ne poussent pas dans les casseroles...

Depuis plusieurs années, nous achetons un pain d’épeautre mais aussi un pain des Carmélites chez un boulanger ainsi que sa croquante baguette farinée qui fait le bonheur de mon fils cadet, et une boule Bio chez un autre.

Or, je suis incapable de reconnaître dans un champ l’avoine du blé ou du seigle.

Je me suis donc penchée sur la question après m’être délectée d’un morceau de pain d’épeautre prélevé directement sur la miche, alors qu’elle sortait du four...

L’épeautre a un goût rustique... Comment dire ? Il sent la céréale. On trouve sa variété petite en Haute-Provence.

J’ai appris ainsi qu’il a été le plus cultivé pendant longtemps, mais fragile et cassant, il a été délaissé pour le blé dur et le froment (blé tendre) : le premier surtout cultivé dans les zones chaudes qui sert pour les semoules et les pâtes alimentaires et le froment, cultivé pour faire la farine pour le pain. 

Avec le seigle, ils forment les « bons blés » ceux réservés au pain des hommes. Le pain au seigle se mariant parfaitement avec le beurre salé et les huitres de ma région...

Mélanger blé et seigle et vous aurez du méteil...

Tout comme l’épeautre fut cultivé anciennement, le levain fut pendant longtemps la seule manière de faire lever le pain.  Notre pain des carmélites a ainsi une texture dense, plus élastique que les pains levés à la levure de boulanger. Il a aussi un goût plus acide, et se digère plus facilement, puisque la digestion du pain a commencé naturellement à l’extérieur de votre estomac.... 

J’aime aussi les pains avec une note de sarrasin, celui qu’on appelle aussi le blé noir, et qui n’est pas une graminée. Celui qui donne aussi de si bonnes galettes ! 

Il m’est arrivé aussi de manger du pain de maïs. Si on passe outre sa couleur jaune, c’est assez bon avec une texture étrangement « grasse ». N’oublions pas qu’en farine, le maïs fait la très bonne polenta. 

Si un jour, vous avez acheté du pain de son, vous avez, en fait, mangé la partie extérieure du grain de froment ou d'avoine. Quant au pain de gruau, qui pour moi évoque une bouillie rustique et épaisse, sachez que le gruau est le grain d’une céréale dont on a enlevé l’enveloppe, le son donc ; cela donne un pain de qualité supérieure, qui se fait avec la fleur de farine, tout comme il y a la fleur de sel. Quant au pain complet, ni le son, ni le germe ne sont enlevés.

Pour les animaux, il y a l’avoine et l’orge aussi plus connue comme ingrédient dans la fabrication de la bière. Et le maïs encore. 

Généralement, le blé, le seigle et le maïs se moulent tandis que les autres se décortiquent....

Et ne pas oublier le millet ou mil, le sorgho (ou « gros mil ») , le riz...

 

Et vous qu'est-ce qui pousse dans le champ d'à côté ?

 blé - Le Dictionnaire Visuel

                  Epeautre                                                   Blé 

 seigle - Le Dictionnaire Visuel       sarrasin - Le Dictionnaire Visuel

                 Seigle                                             Sarrasin 

avoine - Le Dictionnaire Visuelmaïs - Le Dictionnaire Visuel 

              Avoine                                           Maïs

orge - Le Dictionnaire Visuelriz - Le Dictionnaire Visuel  

                  Orge                                           Riz

sorgho - Le Dictionnaire Visuelmillet - Le Dictionnaire Visuel

                Sorgho                                    Millet

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09 janvier 2012

Décembre en noir et gris

J'ai mis mon manteau et mon cache-col pour photographier le jardin gris et froid, et mon courage en bandoulière aussi. 

Je constate, à quel point, l'hiver nous laisse le temps de regarder son jardin puisqu'on s'en occupe moins... Il n'y a que pendant les autres saisons que l'on est les bras tendus, vers les branches, armés d'un sécateur, ou les dos plié, vers le sol, pour bêcher....  

Il n'y avait pas grand chose à voir pour qui ne sait pas admirer : le mimosa en bourgeon qui a perdu un tronc lors de la tempête du mois, les perce-neige qui régnent sur la pelouse en hôtes hivernaux souverains, le camélia en bouton unique, les rameaux entrelacés de la vieille glycine qu'il me faudra éclaircir... Et nous avons planté, pendant les vacances, un abricotier Bergeron pour remplacer celui qui est mort de vieillesse... C'est drôle comme un jardin vous fait penser au temps qui passe, et mon temps à moi est bien ridicule face à celui de mon peuplier blanc, de mon lilas et de ma chère glycine. Car si vous pouviez voir ses troncs emmêlés, vous verriez à quel point elle est vieille et nous si jeunes, à quel point elle en verra bien plus, d'autres saisons que nous...

 

2012-01-08 bloghiv

Et pour vous souhaiter, de mon jardin urbain, des souhaits à n'en plus finir, je vous citerai Karel Capek : " Nous autres, jardiniers, vivons en quelque sorte en avance sur le présent [...] dans une dizaine d'années ce pin sera un arbre ; si seulement j'étais plus vieux de dix ans ! [...] Le vrai, le mieux sont devant nous. Chaque année apporte davantage de croissance et de beauté. Dieu soit loué, nous aurons bientôt un an de plus. " Que je vous souhaite florissant, en abondance ! 

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10 décembre 2011

Fou, fou, fou !

J’ai été conviée par l’Ogresse de Paris à un dîner des fous, et comme j’aime manger, que je m’efforce de devenir moins raisonnable au fur et à mesure que je prends de l’âge et que je n’avais jamais lu Stefan Zweig, toutes les conditions étaient requises pour me lancer dans la lecture du Joueur d’échecs !

 fous

Je n’aime pas les échecs, ou pour être tout à fait honnête, ils me font peur. Mon mari, puis mon fils aîné, ont tenté de m’initier, mais je fus récalcitrante à leur tentative, plus par principe que par expérimentation, ne me sentant pas capable d’anticiper et de calculer. Il faut dire que j’ai l’esprit aussi peu stratégique qu’on peut l’être, et que ce soit pour arriver à des fins humaines ou matérielles, je n’aime pas combattre. Il est donc compréhensible que j’ai pu préférer gloser sur le jeu de l’oie, qui ne demande rien d’autre que de pousser ses dés et d’avancer son pion dans une spirale ! Ma plus grande tentative en la matière fut le… Cluedo !

Lire Stefan Zweig, c’est rentrer facilement dans une histoire et en ressortir avec tout un monde en poche. Pourtant ni fastidieuses descriptions, ni folles destinées, juste des personnages qui se dépêtrent de leur vie. Ecriture élégante, légèrement surannée, banale presque, et pourtant on est happé dans l’histoire comme si on avait basculé dans un tableau.

" Sur le grand paquebot qui à minuit devait quitter New-York pour Buenos-Aires, régnait le va-et-vient habituel du dernier moment. " Etrange impression : sous fond de montée du nazisme, vous embarquez pour une croisière en saluant avec courtoisie vos compagnons de voyage. Etrange impression d’un monde policé dans un monde dangereux où les fous sont vos voisins de cabine.

Ici, deux joueurs d’échecs au parcours différent ; ici une histoire qui se divise en deux histoires avant de se renouer à la fin ; ici un monde aristocrate qui va disparaître bientôt ; ici, deux hommes anodins enfermés dans une obsession. Les échecs y sont-ils ici une parabole de l’Histoire, celle d’un monde bien réglé et enfermé dans ses certitudes qui va tomber dans la folie ?

Le livre fermé, il reste une étrange impressionnant de ne pas savoir si on a lu un témoignage historique, un essai sur le jeu d’échecs ou un traité sur les obsessions…

Mais voilà, que serait la vie sans surprise, remise en question, goût de l’aventure ? J’ai pris rendez-vous avec mon mari pour une première leçon d’échecs… 

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05 décembre 2011

Novembre mélancolique

Il a plu, enfin, longuement, régulièrement et de travers... Il a plu mais tout est désolé. Il a plu et les champignons font de la compétition, les feuilles du pommier de la résistance...

Récemment mis à jour

 

Il pleut encore et mon fils espère de la neige à Noël pour jouer dans le jardin : qui sait ? Il pleut et ça colle aux chaussures sur la pelouse détrempée, ça colle aux branches dénudées,  ça colle avec les nouvelles difficiles venues d'ailleurs, ça colle avec mes envies de rester à l'intérieur... Alors, je sors le plaid écossais et le thé du hammam, les chaussures fermées et les imperméables protecteurs, les plats mijotés et les envies de raclette, un peu de Verlaine et un peu de Caillebotte, les voyages sur la comète et les châteaux en Espagne...

 

Caillebotte1877_Place_de_l_Europe

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01 décembre 2011

Feuilles d'automne

Septembre, octobre, novembre... une rentrée en demi-teinte et un peu de lassitude, et mon rythme de lecture fut un peu poussif, d'autant plus que mon fils de 13 ans m'avait incité à lire de la Fantasy : 

Au guet de Terry Pratchett : " La retraite des dragons. "
J'ai dû m'y prendre plusieurs fois... mais j'ai vaincu ! C'est une écriture sautillante, un monde totalement parallèle, des personnages fantasques et imprévisibles qui ne réfléchissent pas du tout comme moi ! Bref tout à fait difficile pour ma pesanteur d'adulte rationnel... Et pourtant, j'ai fini par aimer et admirer qu'un auteur puisse inventer comme cela. Merci mon fils.

L'envie de Sophie Fontanel : " Pendant une longue période, qu'au fond je n'ai à coeur ni de situer dans le temps ni d'estimer ici en nombre d'années, j'ai vécu dans peut-être la pire insubordination de notre époque, qui est l'absence de vie sexuelle. "
J'avais beaucoup aimé Grandir. L'envie n'a pas fait écho en moi : sujet trop effleuré, pudeur des mots ou difficulté à saisir l'excès de sexualité ou son absence : peut-être eut-il fallu parler plus cru, plus direct sans tomber dans la vulgarité.

Le magasin des suicides de Jean Teulé, " C'est un petit magasin où n'entre jamais un rayon rose et gai. "
J'aime les livres de Jean Teulé, ils sont des exercices de style ; on sent le plaisir qu'il a à s'emparer d'une histoire, à tricoter un scénario, à jongler avec les mots. Un livre simple et rafraichissant. 

 

images

L'art d'avoir toujours raison, Arthur Schopenhauer, " La dialectique éristique est l'art de disputer, et ce de telle sorte que l'on ait toujours raison, donc per fas et nefas (c'est-à-dire par tous les moyens possibles). "
Je n'ai pas tout compris, j'ai dû relire des phrases, mais il y a quelques bons trucs pour clouer le bec aux malotrus et qu'ils y perdent leur latin !

A l'enfant que je n'aurai pas, Linda Lê. " Toi, l'enfant que je n'aurai pas, je me demande quels traits auraient été les tiens si je t'avais donné le jour : anguleux comme ceux de mon père ou flous comme ceux de cet homme, S., que j'ai aimé cinq ans durant, avec une étonnante constance, et qui me disait avoir la fibre paternelle ? "
Un livre douloureux, honnête (terriblement) et dérangeant.

Alabama Moon, Watt Key, " Juste avant de mourir, Pap m'a assuré qu'il ne m'arriverait rien tant que je ne dépendrais de personne. "
On the road, version ado. Encore une commande de mon fils cadet que cette lecture avait scotché. Une histoire peu commune, bien écrite, menée rondement.

Au pays des ombres, Gilbert Gallerne : " Vincent Brémont s'écarta du mur contre lequel il s'était adossé pour fumer une dernière cigarette. "
Un polar à la française, très classique, très bon scénario, trop prévisible peut-être ?

A qui la faute ? de Sophie Tolstoï en réponse à la ballade à Kreutzer de léon Tolstoï : "C'était une merveilleuse journée, claire, radieuse. " 
L'histoire de Léon est un monument de misogynie : un décolleté un peu plongeant, une tournure de taille bien prise, et ces pauvres hommes sont perdus ; ce n'est pas leur faute, les femmes ont appris à être séduisantes... Heureusement, sa femme Sophie, qui a lu sans doute Schopenhauer (voir plus haut) lui cloue le bec, en écrivant à quel point nous sommes subtiles, dévouées et lucides... Léon est pathétique, Sophie clairvoyante et délicate : un régal russe.

Et je n'en relirai aucun : ils m'ont tous intéressé, ému, mais point trop de vibrations cet automne. Peut-être au coeur de l'hiver...

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26 novembre 2011

Dans ma cocotte

Depuis que ma vie a croisé une cocotte en fonte, je crois dur comme fer aux mijotés, ragoûts et autres potées. Ma maman disait qu'il était réconfortant de manger. Je crois que cette phrase s'applique particulièrement aux plats des saisons froides qui mijotent et embaument la maison.

Outre le civet de ma grand-mère, dont j'ai hérité la recette et dont la seule évocation me fait saliver, j'aime cuisiner le lapin, aux deux moutardes, au cidre, aux pruneaux. Le lapin a une chair fine qui permet des mariages savoureux, et qui? plus on la réchauffe? plus gagne en saveur : il faut juste ne pas tout manger la première fois !

Le petit salé aux lentilles et cette odeur forte et rustique des lentilles vertes du Puy dont la cuisson peut être délicate, si on ne veut pas obtenir de la purée, me ramènent aux souvenirs avec mon grand-père auvergnat aujourd'hui disparu.

La potée au chou est aussi champêtre que le précédent : du porc, du chou, et vous voilà prête pour affronter les froidures hivernales.

Le pot-au-feu avec ses navets, ses carottes, son os à moëlle... Il paraît qu'avec les restes de viande, on peut faire du hachis parmentier ou un boeuf miroton-mironton... Las ! Chez nous, il ne reste jamais que le bouillon qui nous sert à faire du potage aux pâtes alphabet, étoiles ou au vermicelle !

L'été, je cuisine la daube provençale : un vrai miracle alchimique ! 

Récemment, j'ai cuisiné un boeuf bourguignon, bio et associatif (merci Christine !) mijoté dans le Fronsac, qui avait mariné dans le Fronsac toute la nuit, et dont le résultat gustatif valait bien le vin !

La blanquette de veau à l'ancienne avec sa sauce blanche au goût fin, fin, fin... Et, un de mes plats de fête est le veau Orloff...Outre le luxe que constitue la dégustation de veau, ce nom a toujours un petit côté " à la cour du tsar " qui avive mes papilles ! Cette recette fut créée par le cuisinier Urbain-Dubois qui resta le chef pendant plus de 20 ans du comte Orloff, ministre du tsar Nicolas 1er.

J'aime les paupiettes, un plat que faisait souvent ma maman. Facile à cuisiner avec des carottes et de la sarriette. Un plat du Dimanche vite fait qui a le goût du-bon-petit-plat-mijoté, mais a cuit en 30 minutes...

Pas de viandes blanches sèches quand elles cuisent dans la fonte : pintade au miel, poulet sauce Carole, filet de porc au romarin et aux haricots blancs à la tomate... Elles restent tout en moëlleux et en saveur !

Mon grand-oncle Guy est chasseur, et avec son fusil, il ramène lièvres, perdrix et faisans. Le goût du gibier faisandé est sans doute particulier pour beaucoup. Pour moi, c'est un des goûts les plus prononcés de mon enfance. Au Moulin, devant la grande cheminée, les repas de famille à n'en plus finir et à n'en plus pouvoir manger... Dehors il faisait froid, mais on s'en fichait bien !

Parfois je me remémore mon séjour texan et me prend l'envie d'un chili con carne.

Il n'y a pas que la viande qui a le droit aux honneurs de la cocotte : le lieu avec pommes de terre et asperges vertes, les moules à la crème, marinières ou au curry, la potée océane, la marmitte dieppoise, la cotriade bretonne...

Heureusement, il me reste tant de plats à expérimenter : osso-bucco, gigot de sept heures, choucroute, poulet Marengo...

Et vous, à quoi parfumez-vous votre maison ?  

 

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05 novembre 2011

Droguiste et poudres de Perlimpinpin

Hier, j'attendais mon bus du matin quand j'ai constaté que le droguiste de notre quartier avait définitivement fermé boutique.

blog 038

Un droguiste n'est pas un dealer avec pignon sur rue.

Un droguiste est celui qui vous aidera à enlever la tâche de fraise sur votre chemisier en soie préféré, qui vous trouve le produit miracle pour faire votre argenterie en comptant jusqu'à 10 ou qui grâce à une poudre de Perlinpinpin absorbera l'auréole d'eau sur votre commode Louis-Philippe, parce que le vase qu'on vous a offert à Noël, s'est révélé poreux. Pour lui, lessive Saint-Marc, terre de Sommières et bicarbonate de soude n'ont pas de secrets, et étaient ses meilleurs amis.

Le monsieur était charmant et n'était pas un marchand. Il vous recevait plutôt comme un pharmacien, vêtu d'ailleurs de sa blouse blanche. Mais il jouait plutôt avec vous au petit chimiste. Il fallait vouloir dépenser du temps dans son magasin qui sentait le détergent, car il vous faisait l'article, ou plutôt les articles. Cela commençait par l'exposé des faits, ou plutôt des méfaits : date de la tâche, origine de la tâche, support de la tâche. Puis le diagnostic posé, il cherchait le produit le plus adéquat et si plusieurs se présentaient, il vous aidait à choisir selon l'adéquation prix-efficacité-usage. C'était un artiste dans son genre.

Chez lui, j'ai laissé quelque argent parce qu'il m'a fallu acheter : une pâte à bois pour combler un trou dans un table en teck, un produit contre les tâches d'eau sur le bois, un produit (qui sent horriblement mauvais) contre les tâches sur le linge, 100% efficace, un cylindre dans lequel vous trempez 10 secondes vos couverts en argent et dont ils ressortent nickel, un produit contre des tâches d'huile sur une terrasse, un produit pour faire briller mon parquet, et j'en oublie sans doute. Grâce à lui, j'ai mis fin à la corvée de l'argenterie et mon armoire ne sent plus l'anti-mite, sans doute les deux trouvailles pour lesquelles je lui suis le plus reconnaissante.

Mon droguiste n'était ni un quincailler, ni un ferblantier. Vous savez de ces marchands qu'on trouve encore sur les marchés extérieurs et qui ont toujours des ustensiles de ménage, de cuisine ou de jardinage et qui semblent tous sortis de la tête d'un Géo Trouvetout ? Le fer-blanc est de l'acier recouvert d'une fine couche d'étain. Ma droguerie n'était pas pas comme certaines boutiques qui sont d'hallucinants capharnaüms : son organisation et la classification des produits tenaient plutôt d'une rigueur toute scientifique.

Dans le Berry, j'ai été quelques fois invitée dans la maison de campagne d'une de mes amies. Dans le village d'à-côté, il y avait une espèce de boutique. C'était un antre sombre et exigu : quand on y entrait, c'était opressant, poussiéreux et les étagères croulaient sous les produits et ustensiles de maison. Il y avait aussi de vieux camemberts et d'anciennes conserves qui attendaient preneurs, puisque le monsieur, d'un âge tout aussi vénérable que ses bocaux, faisait aussi épicerie. Un bric-à-brac insensé mais qui faisait forcément votre bonheur.

Aller le voir me donnait toujours envie de briquer ma maison et de faire les petites réparations anciennes, vous savez celles qu'on remet souvent...

Je suis désappointée, je me sens un peu orpheline. Outre les grandes enseignes, qui sont aux drogueries ce que la F**c est aux librairies, s'il faut en croire l'annuaire il n'y a plus qu'un droguiste dans ma grande ville. Je vais être réduite à commander mes produits mirifiques sur Internet, là où personne ne sera là pour me rassurer et apporter une solution à cette éraflure sur le cuir de mon sac à main tout neuf.

A la place de cette caverne d'Ali Baba, sera construit une supérette. Tout fiche le camp vous dis-je...

Posté par AlexandraToday à 18:17 - - Commentaires [10] - Rétroliens [0]
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